|
Quelles recettes le Docteur Jean-Claude Masangu Mulongo préconise-t-il pour que la R-dC passe sans trop de casse cette passe difficile? «Le Soft International» a rencontré le Gouverneur, inquiet pour son Franc, inquiet pour le contenu de l’assiette de ses Concitoyens. Déjà, à l’approche des Fêtes...
Quelles sont les principales causes de la récession mondiale et quelles peuvent en être les conséquences directes et indirectes sur l’économie de la RDC?
On parle de récession lorsque le PIB réel baisse ou recule sur deux trimestres consécutifs donnant ainsi lieu à la réalisation des taux de croissance économique négatifs. Les causes de la récession mondiale actuelle se situent à l’origine dans la crise des subprimes aux états-Unis d’Amérique. Il s’agit de prêts hypothécaires à taux variables majorés d’une prime substantielle de risque ayant particulièrement bénéficié aux ménages à faible revenu.
L’augmentation exponentielle de la demande de l’immobilier aux États-Unis a conduit à un relèvement important des cours des prix dans ce secteur, lequel, par effet de contagion, a touché tous les autres secteurs (matières premières, obligations, actions…). C’était la phase dite du gonflement de la bulle financière, lequel a entraîné le renchérissement des prix des produits pétroliers et par ricochet, ceux des produits énergétiques. Cette phase qui a commencé en août 2007 s’est globalement terminée en juillet 2008. Est venue ensuite la deuxième phase, laquelle a consisté en l’éclatement de la bulle financière causée par la faillite des bénéficiaires des subprimes à la suite de la montée des taux d’intérêt. Cette situation a entraîné au passage la chute des prix des matières premières ainsi que des valeurs et capitalisations financières des entreprises cotées en bourse. Ces dernières ont été contraintes, soit à la fermeture, soit au dégraissage de leur personnel. Ainsi, outre la baisse de la demande des entreprises elles-mêmes, il en a résulté aussi celle des ménages constitués de leurs employés. Globalement, la demande dans les pays à économies avancées a sensiblement baissé. Or, leur demande est constituée de la consommation, des investissements et des importations. La baisse de cette demande a été à la base du recul de leur PIB réel. D’où la récession.
L’économie r-dcongolaise est-elle apte à pouvoir amortir le choc de cette récession à l’échelle internationale?
Notre économie est concernée par cette baisse de la demande internationale, laquelle constitue le principal déterminant de sa croissance économique. à travers le recul des importations et des investissements de nos partenaires, la croissance économique de la RDC est déjà affectée. Elle a été ramenée à 5,9 % contre 10,8 % précédemment pour 2008 et à 5,8 % contre 9 % en 2009. Les prévisions du FMI pour 2009, quant à elles, la situent à 4,4 %. Pour amortir ce choc, la RDC ne doit pas se contenter des effets induits des plans de sauvetage arrêtés par la plupart de ses partenaires. Elle doit, d’une part, poursuivre les réformes structurelles déjà engagées, et engager de nouvelles réformes et d’autre part, prendre des mesures d’ajustement conjoncturel tant sur le plan monétaire que budgétaire.
Quelles mesures précisément conseillez-vous au Gouvernement de prendre dans ce cas d’espèce? Comme je l’ai indiqué ci-haut, une vigilance tous azimuts devrait être observée tant au niveau budgétaire que monétaire.
Au niveau budgétaire, les recettes provenant des contributions des pétroliers et des miniers vont baisser en 2009 à la suite de l’effondrement des cours des matières premières. S’agissant particulièrement des recettes de l’OFIDA, elles devraient aussi baisser du fait du ralentissement du commerce international, c’est-à-dire, moins d’exportations et d’importations. Il y a donc lieu d’élargir l’assiette fiscale sans les tracasseries. Ainsi, le Gouvernement devrait porter une attention particulière sur l’ajustement de ses dépenses aux recettes effectivement recouvrées pour éviter le recours à la planche à billets, source de l’inflation monétaire que nous avons maîtrisée au prix de moult sacrifices. Par ailleurs, le Gouvernement devrait porter une attention particulière sur l’ajustement de ses dépenses aux recettes effectivement recouvrées pour éviter le recours à planche à billets, source de l’inflation monétaire que nous avons maîtrisée au prix de moult sacrifices. Il faut donc lever tous les obstacles empêchant la conclusion rapide d’un programme formel avec le FMI. Qui dit programme formel dit décaissement des appuis à la Balance des paiements et au Budget.
En plus, il faut également inventorier toutes les facilités financières sur lesquelles la RDC peut tirer.
à titre d’exemple, le FMI dispose de la Facilité de Protection contre les Chocs Exogènes FPCE, la Banque Mondiale à travers le Programme Alimentaire Mondial PAM, la FAO pour une intervention dans l’agriculture à travers ses multiples projets. D’autres Facilités tant bilatérales que multilatérales existent pour faire face à des crises ou catastrophes économiques, humanitaires ou naturelles. Par ailleurs, à moyen terme, le Gouvernement devrait se mobiliser pour l’augmentation des investissements publics d’envergure tels que dans les infrastructures pour créer des emplois, distribuer des revenus et remettre à flot l’économie.
Enfin, il est plus que nécessaire de poursuivre les réformes structurelles déjà engagées pour mitiger l’impact de la crise financière internationale. En ce qui concerne la politique monétaire, il s’observe, dans la plupart des pays, qu’elle est actuellement inefficace. En effet, en dépit de la baisse généralisée des taux directeurs des principales Banques Centrales en Europe, l’activité économique n’est toujours pas relancée via l’augmentation de la demande des crédits d’investissement ou de consommation résultant de la baisse des taux d’intérêt débiteurs. Cette situation tient au rationnement de fait du crédit par les banques commerciales, lesquelles se montrent très regardantes après avoir accumulé des ardoises d’impayés. Quant à la Politique Monétaire en RDC, je vous rappelle d’abord qu’elle se transmet via les banques. Par conséquent, la BCC doit non seulement renforcer sa surveillance des établissements de crédit et de micro-finance mais aussi stimuler leurs activités financières axées sur l’économie réelle. L’Institution d’émission doit être plus que prêt à utiliser tous ses instruments de Politique monétaire et de Change que sont les taux d’intérêt sur le Refinancement et les ventes des Billets de Trésorerie BTR, le coefficient de réserves obligatoires, les interventions sur le marché de change à l’achat comme à la vente.
Les nouvelles des zones minières sont dramatiques à la suite de la fermeture en cascade des compagnies minières. Et cela affecte la balance commerciale. À combien estimez-vous la perte pour 2009 de la fermeture d’une cinquantaine d’entreprises minières au Katanga? À ce jour, plus de 45 sociétés ont fermé et une vingtaine pourrait leur emboîter le pas. Il faut préciser qu’il y a des sociétés qui continuent mais qui ferment un ou deux sites d’exploitation si elles en ont plusieurs. Elles procèdent donc à des licenciements pour raisons économiques. C’est le cas d’Anvil Mining et de Katanga Mining par exemple.
Les pertes au titre d’emploi sont estimées à près de 300.000 jusque fin décembre 2008 suite à la chute du cours qui est passé d’un pic 8.000 $/tm à environ 3.000 $ actuellement. Pour mieux mesurer l’ampleur de la crise, il faut multiplier ce chiffre par cinq personnes à charge en moyenne et cela vous indique qu’il y a 1,5 million de personnes qui auront difficile à vivre. La pauvreté va augmenter du jour au lendemain et elle risque de se faire accompagner par l’insécurité. L’effet de contagion de ces pertes d’emploi va se répercuter dans des secteurs autres que les mines par exemple le transport, les télécommunications, l’hôtellerie, la restauration. Quant aux pertes sur la Balance Commerciale, je n’ai pas d’estimation à ce stade-ci. Toutefois, on peut estimer l’impact sur la Balance des Paiements qui est une notion plus large.
Précisément, que faire pour éviter une dégradation de la Balance des Paiements?
La Balance des Paiements comporte deux grandes parties:
- la balance des opérations courantes qui concerne l’échange des biens et services; - la balance en capital et des opérations financières, lesquelles concernent les flux financiers.
Il faut, sur le plan théorique, faire en sorte que les entrées soient proportionnelles aux sorties. Ce qui n’est pas chose facile...
Contrairement à 2008, année au cours de laquelle la RDC a bénéficié de la hausse des cours pétroliers et des métaux de base ainsi que d’entrées globalement significatives en capital, nous nous attendons à ce qu’il y ait un gap important de la Balance des Paiement en 2009 variant entre 300 et 600 millions de dollars US.
Au niveau de la Balance Commerciale, nos produits d’exportations, à savoir le cuivre, le cobalt, le diamant, le pétrole et le bois sont tous frappés fortement par la crise économique. Quant aux importations, nous importons pratiquement tout.
Il y a donc un déséquilibre structurel important.
Au niveau des transferts courants, le service de la dette extérieure est un boulet. Il nous faut très vite obtenir des allègements encore plus substantiels que ceux qui existent déjà. D’où la nécessité de l’annulation de la dette en atteignant le point d’achèvement de l’initiative PPTE le plus rapidement possible.
Concernant la balance en capital et des opérations financières, l’économie sera confrontée à un tassement des investissements tant directs que de portefeuille. Bon nombre si pas la majorité de ces «mining» qui ferment ou qui suspendent tout ou partie de leurs activités sont des investissements, qu’ils soient dans l’exploration ou dans l’exploitation.
Il est plus que grand temps de tirer des leçons de leur comportement au-delà de l’explication économique. Quand on est classé dernier au monde sur la liste des pays en matière du climat des affaires, il y a beaucoup de leçons à tirer pour ne pas retomber dans les mêmes travers lorsque la reprise économique reviendra.
En conclusion sur ce sujet, la Facilité de Protection contre les Chocs Exogènes FPCE du FMI peut nous aider à atténuer l’impact négatif aux alentours de 200 millions de dollars. Le gap est à combler avec le tirage sur la FRPC et les appuis d’autres bailleurs de fonds.
À la suite de cette récession, la BCC va-t-elle abaisser son taux de réescompte pour soutenir l’activité économique comme font les autres Banques Centrales?
La politique des taux d’intérêt de la BCC est la suivante: le taux d’intérêt doit être positif par rapport au taux d’inflation. Si celui-ci est de 10% par exemple, la BCC fixera son taux directeur 2 à 4 points au-dessus, soit entre 12 et 14%. La BCC hausse ou baisse régulièrement son taux directeur. La dernière baisse datant du 2 décembre dernier a fait passer le taux directeur passe de 30,0 à 28 % l’an et le taux d’intérêt sur les facilités permanentes, établi précédemment à 33,5 % l’an, a été ramené à 30,5 % l’an. Cette action se poursuivra dans l’avenir au regard de l’évolution du taux d’inflation, lequel se situe actuellement en projection annuelle, à 25,4 %. Ces conditions débitrices de la BCC peuvent être répercutées sur le taux d’intérêt des banques dans la mesure où ces dernières ne pratiquent pas le rationnement du crédit au cas où elles auraient enregistré des arriérés éventuels au titre de recouvrement du crédit. Comme la majorité des dépôts et des crédits sont en devises, nous espérons que nos banques commerciales vont répercuter à leur clientèle la baisse des taux d’intérêt observée dans la zone Euro ainsi qu’aux États-Unis.
Vous parliez du Programme FMI, mais la dernière revue n’a pas donné lieu à la conclusion d’un programme avec le Gouvernement, ce qui a créé des difficultés budgétaires. Qu’est-ce qui bloque ces négociations et quand peut-on en espérer le dénouement? Depuis le 31 mars 2006, le programme formel avec le FMI au titre de Facilités pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance (FRPC) a été suspendu. à partir de fin avril 2006 de cette année jusqu’à maintenant, la RDC se trouve en programme de Référence autrement dit Programme Suivi par les Services du Fonds (PSSF) que nous avons qualifié à l’époque de Programme Relais de Consolidation (PRC).
Pour accéder à un nouveau programme formel, nous devons d’abord exécuter de façon satisfaisante le programme intérimaire à travers le respect des indicateurs tant quantitatifs que structurels. La dernière tranche de ce programme porte sur la période de septembre à décembre 2008.
Hormis les indicateurs classiques du programme, nous devons rassurer nos partenaires traditionnels sur la concessionalité et de la soutenabilité du contrat chinois, la viabilité du budget 2009, notamment dans les prévisions en matière de politique salariale, de politique de décentralisation et des politiques visant les règlements des arriérés intérieurs 2007 et 2008. La conclusion de ce programme formel permettra, dans les 6 mois qui suivent, moyennant respect des principaux déclencheurs, notamment la stabilisation macro économique, la réalisation des réformes structurelles et la non accumulation des arriérés au titre de la dette extérieure, l’accession de la RDC au point d’achèvement au titre de l’initiative PPTE et au titre de l’Initiative d’Allègement de la Dette Multilatérale (IADM).
Depuis mars 2006, le FMI refuse d’accorder l’aide dans le cadre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance et refuse que la RDC accède au point d’achèvement de l’initiative PPTE. Le pays a-t-il des arguments nouveaux qui lui permettraient d’accéder en 2009 à l’aide dans le cadre du FRPC et au point d’achèvement? Oui, sur le contrat chinois, il y a un changement d’attitude de la part du Gouvernement qui, au regard de la situation nouvelle créée par la crise économique et vu l’urgence, réexamine les problèmes qui ont été soulevés par les uns et les autres notamment sur la concessionalité, la soutenabilité de la dette, la garantie de l’état Congolais et le respect des clauses du contrat. Les experts congolais ont fait toutes les simulations qui s’imposent et les ont remis au Gouvernement. Il appartient donc au Gouvernement, le moment venu, de faire des propositions aux partenaires chinois.
Le FMI et la Banque Mondiale estiment que si la RDC ne parvient pas à rembourser aisément la dette de 11 milliards de dollars qu’elle a auprès des bailleurs traditionnels bi et multilatéraux, elle ne pourra donc pas soutenir le remboursement concomitant de cette dette et celle de 8,6 milliards qu’elle vient de contracter dans le cadre des contrats chinois. Kinshasa soutient le contraire sans convaincre les institutions de Bretton Woods. À défaut de les convaincre, quel argumentaire ne serait-ce que pour convaincre les R-dCongolais de la capacité du pays à soutenir le remboursement de ces deux dettes? La RDC n’est pas capable de soutenir le remboursement de 11 milliards de dollars. Tout le monde le sait. S’il faut ajouter une deuxième dette à plus ou moins même hauteur sans concessionalité et sans recettes suffisantes en devises pour rembourser, le Congo ne se relèvera pas. Ne tournons plus autour du pot et ne perdons plus de temps. Faisons tout pour être en programme avec le FMI, passons haut la main la premières revue de six mois après l’application du programme et les 11 milliards de dollars seront annulés. De nouveaux emprunts ne nous sont pas interdits. Il faut simplement respecter les principes de la Finance Internationale ou de la Finance tout court. Votre banquier ne devrait pas vous prêter un montant au-delà de vos capacités de remboursement. Sinon, il prend un grand risque d’aller en faillite. L’origine des faillites internationales en 2008, c’est le subprime ou prêt à risque. Ceux qui avaient pris ce genre de prêts n’ont pas pu rembourser. Et le système financier international a implosé.
Il s’est tenu à New York mi-novembre une conférence financière internationale visant la réforme du système financier international. Quels espoirs nourrissent une telle conférence? Il y a lieu de préciser d’abord que cette conférence financière internationale, tenue à Washington le 15 novembre 2008, regroupait les pays du G-20, groupe des pays les plus industrialisés du monde. L’Afrique y a été «représentée» par l’Afrique du Sud qui elle-même n’est pas membre du G-20, elle y a participé tout simplement comme invitée. Les objectifs de cette conférence étaient de coordonner les actions des pays du G-20 pour stopper les effets néfastes de la crise financière internationale, rétablir la confiance et établir un nouvel ordre économique et financier.
Le système financier international est resté figé à la réalité de 1945 à l’époque où l’Afrique était encore colonisée. Depuis, des évolutions notables ont été observées surtout avec l’apparition des économies émergentes et notre Continent a réalisé de réels progrès. Les économies émergentes, en ce compris celles africaines, devraient avoir une représentation, des quote parts et des voix de décision compatibles avec leur taille économique actuelle. Ce qui n’est pas le cas.
L’Afrique était absente à cette Conférence même si l’Afrique du Sud y a été invitée en sa qualité de pays émergeant. Comment expliquer cette perte d’influence et que doivent faire nos Dirigeants africains?
D’abord comme je l’ai dit ci-haut, il s’agissait de la réunion du G-20 regroupant les pays les plus riches du monde. L’Afrique du Sud y a été invitée, elle n’est pas membre de ce groupe. Elle n’a peut être pas parlé au nom de l’Afrique. Le Groupe Africain Francophone s’est réuni, d’abord, à Dakar au niveau des experts en novembre courant. Les gouverneurs africains francophones au FMI et à la Banque Mondiale viennent de se réunir à Abidjan, le 5 décembre 2008. J’ai personnellement pris une part active à la réunion des Gouverneurs tenue à Abidjan sous la présidence du Ministre d’Etat du Plan et du Développement de la Côte d’Ivoire, Monsieur Paul Antoine Bouabre, Président en exercice du Groupe Francophone. A l’issue de cette réunion, une série de recommandations ont été faites aux Gouvernements, Banques Centrales et Institutions financières multilatérales. Ces recommandations sont à partager avec le Groupe Anglophone. Ainsi, l’Afrique pourra parler d’une même voix et peser de tout son poids. La concertation entre nous Africains est donc capitale. Quant à se faire entendre aux réunions du G-20, la stratégie adoptée à la Conférence de Doha et au Qatar par mon successeur à la présidence du G-24, le gouverneur de la Banque Centrale de la Syrie, Monsieur Adib Mayaleh est la bonne. Elle consiste à rapprocher les pays membres du G-24 auprès du G-20 de façon à ce que lorsque le G-20 siège, les préoccupations du G-24 soient prises en compte. Enfin, je peux vous affirmer que dans la recherche de la mise en place d’une nouvelle architecture financière internationale devant consolider la stabilité financière mondiale, la représentation de l’Afrique au sein des Institutions de Bretton Woods continue à s’améliorer: Plusieurs cadres africains occupent des postes élevés à la Banque Mondiale, le nombre de nos administrateurs et administrateurs suppléants a augmenté à la Banque Mondiale et a u FMI. Par ailleurs, les quote-parts et les voix de base de nos pays ont été revues à la hausse. Bon nombre de ces réalisations ont eu lieu en 2007-2008 pendant que j’étais président du G-24.
Le Franc Congolais connaît un décrochage par rapport à la devise au regard de l’évolution de son taux de change: 1 dollar est coté désormais contre plus de 600 FC contre une moyenne de 570 FC. Quelles en sont les causes?
Ce glissement du taux de change de la monnaie locale tient au plan interne à l’expansion de la dépense publique à la suite de la reprise des hostilités à l’Est du pays. Au plan externe, ce glissement est causé par le raffermissement du dollar sur les marchés internationaux à la suite de sa raréfaction, laquelle justifie la contraction de l’offre de devises sur le marché de change congolais. D’autres monnaies nationales ont subi une dépréciation: L’Euro qui s’échangeait à 1,60 USD au début de l’année s’est échangé à 1,29 USD en novembre. Depuis la mi- décembre, il est remonté à 1,33 USD. Il fallait 7 rands sud-africains pour acheter un Dollar américain en octobre. Il en faut aujourd’hui 11. Ce sont les forces du marché qui déterminent les parités.
Comment expliquer que les Bons du Trésor ne parviennent pas à prendre une part importante dans le Budget de l’État? Le taux d’intérêt est-il trop faible ou les R-dCongolais ne sont-ils pas assez riches pour épargner? Quelles mesures prendre pour que les Bons du trésor jouent enfin leur rôle comme sous d’autres cieux?
Je ne sais pas si vous parlez des bons du Trésor, des certificats de dépôt ou des Billets de Trésorerie. Les bons du Trésor, comme moyen de financement des déficits publics, ont été abandonnés depuis 1994. Il subsiste encore d’importants arriérés à ce jour. Tant qu’ils ne seront pas réglés, l’Etat aura difficile à se financer auprès du public. En 2001, la BCC a introduit les certificats de dépôts qui jouaient à la fois le rôle de moyen de financement des déficits publics et de régulation de la liquidité. Les certificats de dépôts ont été remplacés, dans le volet politique monétaire, par l’instrument Billets de Trésorerie (BTR) en décembre 2003. Ces derniers servent uniquement à la régulation de la liquidité intérieure par la Banque Centrale. Je me permets de vous rappeler qu’à fin décembre 2003, l’encours des BTR représentant le montant de liquidité repris par la Banque Centrale se chiffrait à 223 millions de CDF, soit environ 600 mille Dollars. Une année après, cet encours est passé à 553 millions de CDF, soit 1,2 millions de $ US à fin 2004. Au 10 décembre 2008, l’encours des BTR se situe à 41 milliards de CDF soit 67 millions de $. Le principal et les intérêts sont payés par la Banque Centrale. Les souscripteurs sont les banques et les sociétés dans une proportion de 90-10. Il y a très peu de particuliers qui souscrivent.
Notre système bancaire semble avoir résisté à la tempête financière dans la mesure où on n’a pas enregistré la moindre panique avec des files des épargnants devant les guichets des banques. à quel facteur imputez-vous cette santé?
Il y a lieu de relever ici deux phases: la première qui consiste aux effets directs de la crise financière lesquels n’ont pas touché notre système bancaire en raison de nombreuses réformes structurelles qui ont été effectuées dans ce secteur sur le plan réglementaire, juridique, comptable, monétaire et de la supervision. Ceci a limité le degré d’exposition aux risques liés aux opérations avec l’extérieur sur les marchés financiers et boursiers. Un autre élément est la relativement faible dépendance de nos banques vis-à-vis de l’extérieur hormis les comptes correspondants puisque les dépôts et capitaux sont généralement d’origine nationale. La deuxième, consistant en la mutation de la crise financière en crise économique à travers le ralentissement de l’activité économique et la récession dans les pays développés peut toucher notre système bancaire. A titre d’exemple, les sociétés minières qui ont fermé, si elles avaient obtenu des crédits dans nos banques, il y a risque de non recouvrement des arriérés au titre de crédits leur octroyés. Et s’il y a une ruée simultanée sur les dépôts, cela risque de déséquilibrer les banques. D’où, il faut nuancer les propos et être vigilants dans la surveillance de la profession bancaire.
La faiblesse de la valeur faciale du billet de banque (FC) est telle que sa fabrication paraît une opération lourde financièrement pour les Finances Publiques. La raison avancée est que le billet à valeur faciale élevée crée l’inflation. Cette théorie serait-elle vraie seulement en RDC et aujourd’hui dès lors qu’en 1960, 1970 et 1980, le pays a eu des billets à valeur faciale dépassant les 10 $ sans inflation et que l’espace Euro compte des billets de 100, 200 voire 500 euros?
La théorie existante dispose que lorsque la quantité de monnaie augmente, l’inflation varie dans le même sens, toutes choses restant égales. Aucune théorie à ce jour ne soutient que lorsque la valeur faciale d’un billet augmente, le niveau général des prix aussi va augmenter. En réalité, c’est seulement lorsque l’émission des billets qu’ils soient à valeur faciale faible ou élevée entraîne une augmentation de la quantité de monnaie qu’il y a inflation. Mais si l’émission des billets, qu’ils soient à valeur faciale faible ou élevée ne s’accompagne pas d’un accroissement des moyens des paiements, par exemple l’émission de remplacement, il n’y aura pas d’inflation.
Le problème à ce niveau est surtout psychologique. En effet, dans la mémoire collective congolaise, l’émission des billets à valeur faciale élevée est associée à l’inflation. D’où la nécessité d’une bonne communication à travers une campagne d’information, de formation et de sensibilisation.
La difficulté de transaction du FC dont la valeur faciale la plus élevée est inférieure à 1 dollar expliquerait-elle la dollarisation des transactions en RDC?
Il y a lieu ici de préciser ce qui suit. D’abord, la cause première de la dollarisation de l’économie congolaise tient à l’hyperinflation et à l’hyper dépréciation de la monnaie locale au cours de la décennie 90. Ce phénomène a entraîné la fuite devant la monnaie locale et le recours aux valeurs refuges comme les devises. L’inadaptation de la structure fiduciaire n’est qu’une cause secondaire.
Ainsi, pour lutter efficacement contre la dollarisation, il faut avant tout stabiliser durablement la monnaie nationale et adapter corollairement sa structure fiduciaire. Lorsque nous avions lancé le franc au 30 juin 1998, nous avions entre autres objectifs la lutte contre la dollarisation. C’est ainsi que la plus grosse coupure de l’époque, le 100 CDF, valait à peu près 75 U5D.
Cette dollarisation ne serait-elle pas une façon cachée de démonétisation de FC? Non, sur le plan juridique, la démonétisation consiste en une action délibérée de l’Autorité monétaire de retirer le pouvoir libératoire à une monnaie ou encore aux dénominations de cette dernière.
Toutefois, la dollarisation entraîne l’éviction de la monnaie locale, laquelle est de fait «démonétisée» par le public.
En octobre 2008, le diamant a rapporté au pays 25 millions de dollars au lieu d’une moyenne mensuelle de 50 millions à 60 millions de dollars. Comment la Banque Centrale compte-t-elle maintenir la parité du FC face aux devises étrangères pendant que le diamant qui le soutenait est devenu invendable?
Pour ce qui est des devises, qu’elles proviennent du diamant, du bois, du pétrole ou des miniers, la BCC globalement encaissera moins. Ça, c’est certain. C’est peut-être ici le moment de me répéter. La Banque doit utiliser tous ses instruments de politique monétaire et de change que sont les taux d’intérêt, les adjudications des billets de trésorerie et des devises ainsi que le coefficient de réserve obligatoire sur les dépôts bancaires. Quant au Gouvernement, il doit maîtriser ses dépenses. Ainsi, ensemble, nous allons nous compléter et obtenir les résultats recherchés.
Un des objectifs du Millénaire fixés en 2002 à Jobourg est qu’en 2015, il y ait dans chaque pays, moins de la moitié des gens qui vivent en-dessous du seuil de la pauvreté qui est de un dollar par jour et par habitant. Combien de R-dCongolais vivent en dessous de ce seuil? Pensez-vous atteindre cet objectif dans six ans?
L’Afrique n’atteindra pas les objectifs du millénaire. Le Congo non plus. Si on fait un bête calcul en prenant le PIB par tête d’habitant qui est de l’ordre de 190 USD par an et qu’on divise par 360 jours, l’on constatera que le Congolais vit ou survit avec 0,52 USD par jour. On peut conclure que la majorité des Congolais vivent en-dessous du seuil de la pauvreté. Quant à la répartition de ce peu de richesses, elle n’est pas équitable. Ceux qui vivent en milieux ruraux sont plus pauvres.
Où en êtes-vous dans la bataille du passeport biométrique qui a opposé la Banque Centrale du Congo au Ministère des Affaires étrangères?
Cet incident a été réglé à l’amiable et le dossier est clos. Nous avons livré plus ou moins 50.000 passeports biométriques dont les caractéristiques sont: la lisibilité à la machine, la photo du détenteur est scannée dans le papier et non collée comme dans les anciens passeports, la même photo se retrouve incrustée en filigrane comme dans les billets de banque et enfin un code barre qui reprend toute l’identité du détenteur, c’est-à-dire nom, prénom, date et lieu de naissance, etc...
Tout ce qui manque à ce passeport, c’est une puce électronique qui reprendrait encore une fois comme le code barre l’identité complète du détenteur...
Comment voyez-vous l’avenir économique congolais au regard de la crise économique internationale qui s’installe?
Les perspectives économiques de la RDC sont intimement liées à la capacité des Gouvernants à mettre en oeuvre des réformes structurelles en profondeur et à mener durablement des politiques conjoncturelles saines et crédibles. L’année 2009 sera très difficile. C’est pourquoi, il faut rapidement ramener la paix à l’Est et stabiliser le cadre macroéconomique. Ensuite, il faut relancer l’économie. Le Congo a tous les atouts. Notre stratégie de développement était basée sur le secteur minier. Il serait bon de diversifier les sources de la croissance économique et d’y mettre le paquet. C’est au Gouvernement de se décider sur les voies de communication, ou les cinq chantiers, l’agriculture, pêche et élevage ou l’énergie pour ne citer que ceux-là.
|