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Accueil Actualités Infos L’INTERVIEW DU GOUVERNEUR JEAN-CLAUDE MASANGU SUR LA JOURNEE INTERNATIONALE DE L’EPARGNE DANS L’OBSERVATEUR


1.
Sous quel signe la Banque Centrale du Congo place la Journée internationale de l’épargne édition 2011 ?

Jean-Claude Masangu Gouverneur de la BCC
L’amélioration de l’inclusion financière en République Démocratique du Congo est un souci permanent pour la Banque Centrale du Congo. A ce titre, j’ai décidé de lancer pour la première fois dans notre pays la célébration de la Journée Internationale de l’Epargne avec pour thème principal : « Epargner en RDC pour mon avenir, oui c’est possible». Cette célébration vise à informer la population sur les bienfaits, l’importance et la nécessité de l’épargne.

Cette action entre dans le cadre du vaste programme d’éducation financière que compte mettre en place votre Institut d’Emission en vue d’informer la population sur les services et les produits offerts par les institutions financières de manière à permettre à notre population de faire des choix en toute connaissance de cause.

 

2. Pour la réussite de cette journée internationale de l’épargne, quels sont les partenaires qui accompagnent la BCC ? Et qu’attendez-vous de vos partenaires ?

La Banque Centrale du Congo organise cette journée en collaboration avec la coopération financière allemande dénommée la KFW, l’Association Congolaise des Banques et les Institutions de Micro finance. Les institutions participantes sont pour les banques : l’Access Bank, l’Advans Banque, la Bank of Africa, la Biac, la Procrédit Bank, la Rawbank et la TMB ainsi que pour le secteur de la microfinance : Finca R.D. Congo, Life Vest et Mecreco.

Avant toute chose, je souhaiterai remercier nos partenaires susnommés d’avoir consenti du temps, des moyens tant techniques, matériels que financiers pour l’organisation de cette Journée de l’Epargne. Cependant, la Banque Centrale attend d’eux la poursuite de l’échange d’expériences quant aux techniques de sensibilisation aussi bien de l’épargne que du crédit et/ou d’autres services financiers, étant entendu que l’éducation financière est un processus lent, dynamique et permanent indispensable pour assurer le bien-être de notre population à travers des services financiers de qualité et adaptés à chaque couche sociale.

 

Par ailleurs, le lancement de cette campagne étant prévu pour cette année uniquement dans la Ville Province de Kinshasa, j’en appelle aux institutions financières impliquées à faire une large diffusion du thème retenu à l’intérieur du pays où elles disposent des agences ou succursales.

 

3. Quelle est la politique ou la stratégie de la BCC pour susciter et encourager l’épargne auprès des populations de la RDC ?

 

Depuis 1998, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et la Banque Centrale se sont engagés dans un programme d’assainissement de l’espace économique, financier et monétaire, incluant la restructuration du système bancaire congolais.

 

L’assainissement financier entrepris par l’Institut d’Emission visait à susciter des institutions financières stables et solides à même de mieux gérer l’épargne du public et relancer l’économie nationale. En sus de cette politique, la Banque Centrale a renforcé la supervision par l’adoption des normes prudentielles alignées aux standards internationaux et la rénovation de son cadre légal et réglementaire qui comprend actuellement notamment une loi relative à l'activité et au contrôle des Etablissements de Crédit, une loi sur les Coopératives d’Epargne et de Crédit ainsi qu’une réglementation sur les Institutions de Micro Finance.

 

Fort de ce travail, à ce jour, le système financier congolais affiche une reprise certaine bien que des efforts pour une intense intermédiation soient encore nécessaires. Il est composé de 20 banques agréées en activité, 147 coopératives d’épargne et de crédit, 19 Institutions de Micro Finance et 3 Coopératives Centrales d’Epargne et de Crédit. Une surveillance permanente est exercée par la Banque Centrale du Congo en vue de préserver l’épargne du public et assurer leur solidité, professionnalisme et pérennité.

 

Avec un taux de bancarisation de moins de 2 %, l’Institut d’Emission est en train de mettre en place une stratégie pour l’amélioration de l’inclusion financière en RDC. Cette dernière prend en compte l’introduction du téléphone cellulaire comme moyen d’épargne et de faire des transactions financières, c’est-à-dire des paiements. Cela permettra d’augmenter le taux de bancarisation à 21 %. La même stratégie mettra l’accent sur l’éducation financière et la protection du consommateur. La célébration de la Journée Internationale de l’Epargne est une composante de ce projet important.

 

 

4. Le taux de bancarisation en RDC est encore très faible. Qu’en est-il au juste ? Quels sont les objectifs de la BCC en la matière pour les années à venir ?

 

En effet, le taux de bancarisation de notre pays est le plus faible de l’Afrique Subsaharienne, soit 1,4 million de comptes pour 70 millions d’habitants.

 

Pour améliorer le degré de pénétration de la population au système financier, la Banque Centrale du Congo a mis en place plusieurs projets auxquels j’ai fait allusion tout à l’heure dont l’introduction de la téléphonie mobile d’ici fin décembre 2011. Tout détenteur de téléphone mobile pourra transférer librement des fonds d’un coin du pays à un autre et à l’avenir payer des biens et services de consommation tels que l’eau, l’électricité, le carburant, la nourriture aux marchés et j’en passe.

 

 

Le nombre de détenteurs de téléphones cellulaires se chiffre à plus au moins 15 millions. On passerait donc de 1,4 à 15 millions de comptes pour 70 millions d’habitants, soit 21 % de taux de bancarisation.

 

Par ailleurs, l’éducation financière et la protection du consommateur sont des projets qui, à court terme, assureront le développement des liens d’affaires entre les clients potentiels et les institutions financières et renoueront encore un peu plus la confiance auprès du système financier en vue de mobiliser l’épargne longue et la transformer en investissements productifs, alignés avec les objectifs de développement économique du pays.

 

L’apparition des institutions de microfinance solides et professionnelles est un atout également pour améliorer le taux de bancarisation étant donné que ces institutions sont plus présentes dans les milieux ruraux et offrent des services financiers en l’absence des banques.

 

D’autres réformes en cours relatives notamment à la modernisation du Système National de Paiements, la mise en place d’un fonds de garantie de dépôts, la modernisation de la Centrale des Risques, sont autant des projets dans lesquels votre Institut d’Emission s’est lancé en vue d’améliorer les services rendus aux institutions financières et à leur clientèle.

 

L’objectif visé par les différents projets de la Banque est notamment d’atteindre d’ici à l’horizon fin décembre 2012 un taux de bancarisation à deux chiffres.

 

5. Pouvez-vous nous brosser dans les grandes lignes l’état des lieux de la microfinance en RDC ?

Le secteur de microfinance est constitué à fin octobre 2011 de 140 Coopératives d’Epargne et de Crédit (COOPEC), de 3 Coopératives Centrales d’Epargne et de Crédit (COOCEC) ainsi que de 19 Institutions de Micro Finance (IMF) répartis comme suit sur le territoire national :

 

PROVINCE

IMF

COOPEC

TOTAL

BANDUNDU

1

12

13

BAS-CONGO

1

12

13

EQUATEUR

-

-

-

KASAI OCCIDENTAL

-

1

1

KASAI ORIENTAL

1

2

3

KATANGA

1

1

2

KINSHASA

11

31

42

MANIEMA

-

4

4

NORD KIVU

2

44

46

SUD KIVU

2

36

38

 

19

143

162

 

A travers ses activités de proximité, ce secteur offre à la population à faible revenu des services financiers, permettant ainsi aux ménages de faire face à leurs besoins et à financer des projets d’investissement en vue de leur bien-être.

 

Certes, il a été noté une progression du total bilantaire d’une année à l’autre et un début du professionnalisme, induit par le suivi régulier des institutions et l’appui technique aussi bien de la Banque Centrale que de nos partenaires extérieurs tel le Fonds de Promotion de la Microfinance. Cependant, beaucoup restent encore à faire pour les amener à atteindre l’autosuffisance opérationnelle et financière ainsi que la pérennité.

 

Il y a également 5 à 6 banques qui se sont spécialisées en microfinance et qui ciblent aussi les micros, petites et moyennes (MPME) entreprises. Tout cela concourt à améliorer les performances des IMF et les amener à acquérir les bonnes pratiques du métier de banquier.

 

 

6. Le secteur de la micro finance fait l’objet de certaines critiques, notamment l’application des taux d’intérêt prohibitifs pour le crédit, le non-respect des dispositions réglementaires et des normes prudentielles, la disparition des fonds des épargnants, …Et souvent, l’Autorité monétaire en arrive à retirer l’agrément des institutions de micro finance concernées. Qu’est-ce que la BCC envisage pour assainir les pratiques dans ce secteur perçu comme un moyen de réduction de la pauvreté des populations ?

La RDC a, dans le cadre de sa politique économique, opté pour le libéralisme des taux. Ce qui sous-entend que la BCC ne réglemente pas le taux d’intérêt. Toutefois, elle veille à travers sa réglementation, qui, par ailleurs, sera renforcée par la publication et la transmission des taux par les banques et les IMF à l’Institut d’Emission, à analyser les taux pour voir s’il existe des taux usuriers.

 

S’agissant de l’industrie de la microfinance, je puis l’affirmer que bien que les taux appliqués tendent à baisser avec la concurrence grandissante, ils demeurent encore élevés. Il importe de relever, cependant, que les charges d’exploitation dans la microfinance sont très élevées en raison de la faiblesse des montants en jeu, du mode de recouvrement pratiqué et des garanties présentées qui diffèrent notablement de celles des banques.

 

Quant aux faiblesses relevées ci-dessus, je nuancerai vos propos en disant que certes beaucoup sont confrontées aux problèmes d’absence d’un personnel qualifié et de manque de vision des promoteurs qui sont à la base notamment du non-respect des dispositions réglementaires, des normes prudentielles de gestion et de la disparition des fonds des épargnants. L’Institut d’Emission a, à l’instar de ce qui a été fait au niveau du secteur bancaire, décidé d’assainir le secteur de la microfinance de manière à susciter des institutions fortes, solides, professionnelles et pérennes à même d’offrir des services financiers adaptés à notre population.

 

La fermeture de certaines institutions rentre dans le cadre de l’assainissement du secteur et vise à envoyer un message clair et ferme à celles qui ne font pas d’efforts pour la gestion saine et prudente.

7. L’hyperinflation avec à la clé de la paupérisation des populations durant la décennie 1990-2000 en RDC, est une des raisons qui ont découragé les populations à épargner. A ce jour, le risque de retomber dans l’hyper inflation n’existe –t il pas ?

 

La RDC s’est lancée dans une phase de stabilisation de son cadre macroéconomique et ce, depuis 2001. Les efforts de stabilisation sont attestés notamment par l’atteinte du Point d’Achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés avec le soutien du Fonds Monétaire International en 2010 et la relative stabilité de ses indicateurs macroéconomiques.

 

En effet, l’hyperinflation qui a caractérisé l’économie congolaise entre 1990 et 2000 a eu pour effet de décourager l’épargne nationale. Le taux d’inflation a culminé à plus de 3 000 % jusqu’à atteindre 9 800 % en 1994. Cette situation a été consécutive au contexte socio-politique très agité de l’époque, marqué par (i) les pillages et les guerres qui ont détruit l’outil de production et (ii) les revendications de toutes sortes. Sur le plan économique, la pénurie qui en a résulté couplée au manque de discipline budgétaire et au financement monétaire du déficit public ont été les facteurs explicatifs.

 

Aujourd’hui, le contexte général s’est amélioré de plusieurs points de vue. En effet, la RDC a une stabilité du cadre politique avec des institutions démocratiquement installées et applique des politiques macroéconomiques (monétaire et budgétaire) coordonnées et crédibles, induisant à la stabilité du cadre macroéconomique et la reprise de la confiance dans la monnaie nationale. Chaque année, nous ciblons un taux d’inflation à un chiffre. Sur les dix dernières années, nous avons atteint la cible quatre fois.

 

Je pense donc que dans le contexte actuel, les risques d’un retour à l’hyperinflation sont très faibles.

 

 

8. Il est constaté un engouement ou l’arrivée de nouveaux opérateurs dans le secteur bancaire. Comment l’expliquez-vous au niveau de la BCC ?

Au regard de sa situation géographique, de l’importance de sa population ainsi que de la diversité de ses potentialités minières, agricoles, industrielles et commerciales, la République Démocratique du Congo constitue un grand marché économique.

 

En outre, l’analyse de la segmentation du marché bancaire permet de comprendre qu’il est possible de fournir des services financiers de meilleure qualité à des segments non desservis de l’économie congolaise.

 

Par ailleurs, la stabilité du cadre macroéconomique et l’assainissement opéré dans le secteur bancaire constituent des atouts pour l’attrait des nouveaux investisseurs dans le secteur.

 

Ainsi, le marché bancaire congolais est très ouvert et de nouvelles institutions peuvent valablement s’y implanter et fonctionner de manière rentable.

 

 

9. L’année 2010 a été marquée malheureusement par la dissolution forcée de la Banque Congolaise. Quelles sont les dispositions prises par la BCC pour que l’épargne des populations de la RDC soit davantage sécurisée ?

 

La dissolution forcée de la Banque Congolaise entre dans la ligne droite des efforts d’assainissement du secteur bancaire congolais.

 

Comme le prévoit la loi bancaire, la Banque Centrale du Congo a, à cet effet, recruté sur appels d’offre internationale un Cabinet qui a la charge de la liquidation de cette institution financière. Ce Cabinet est à pieds d’œuvre pour notamment évaluer la situation patrimoniale nette de la banque en liquidation en vue de dégager les ressources. Ce n’est qu’à l’issue de ce travail que les épargnants seront désintéressés.

 

S’agissant des dispositions prises par l’Autorité pour protéger l’épargne, plusieurs normes ont été adoptées de manière à renforcer le contrôle à priori au moment de l’agrément et le contrôle à posteriori durant l’exercice de l’activité de l’institution de manière à s’assurer de la viabilité et la solidité des banques. Par ailleurs, un projet de mise en place d’un fonds de garantie de dépôt est en cours d’étude pour sécuriser davantage l’épargne du public tel que la loi l’exige.

 

10.En guise de conclusion, quel rôle peut jouer l’épargne dans un pays comme la RDC ?

 

Une bonne politique de l’épargne permet à l’économie nationale de disposer de plus de ressources indispensables à l’investissement et au développement. Ce sont les congolais qui développeront leur pays. Il faut d’abord compter sur soi-même et sur ses propres ressources.

 

En effet, il a été démontré qu’un taux d’épargne élevé favorise une croissance économique plus soutenue, à condition que cette épargne soit transformée en investissement productif. C’est le cas de la Chine.

 

Par ailleurs, s’agissant des ménages, cette épargne accumulée peut leur permettre d’envisager l’avenir en toute confiance, de se prémunir contre les risques potentiels et les aléas de la vie et d’effectuer des choix essentiels en matière notamment d’investissements, de scolarisation des enfants, d’amélioration du suivi médical et du règlement des coûts afférents à des événements indispensables sur le plan social tels que les célébrations de naissance, de mariage ou d’obtention de diplômes.

 

Sur ce, j’encourage vivement la population à épargner auprès des institutions financières agréées par la Banque Centrale du Congo pour espérer un avenir meilleur. Epargner en république Démocratique du Congo, c’est possible. Pour ce faire, il faut de la volonté, du sacrifice et de l’organisation quel que soit le niveau de revenu. Certes, l’épargne exige des sacrifices mais qui précèdent la récompense.

 

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Banque Centrale du Congo © 2011